Les effets désastreux de la réforme de l’assurance-emploi: patrons et travailleurs, même combat

Par Anne Minh-Thu Quach

La réforme de l’assurance-emploi du gouvernement conservateur a fait beaucoup de vague. Mes collègues du NPD et moi, et plusieurs autres groupes de la société civile avons dénoncé les changements qui seraient apportés à notre régime parce que plusieurs aspects constituent des reculs pour les travailleurs.

Les conservateurs s’amusent à dire que nous nous affolons sans raison et que leurs modifications n’affectent pas négativement l’accès aux prestations d’assurance-emploi. Près de 6 mois après l’implantation de cette réforme, qu’en est-il vraiment dans la réalité des chômeurs?

La réalité, c’est que seulement 36% des chômeurs ont maintenant accès aux prestations d’assurance-emploi. Moins de 4 personnes sur 10! Est-ce vraiment ce qu’on peut appeler une assurance efficace? La réponse est non.

Récemment, la Commission nationale d'examen sur la réforme de l'assurance-emploi est passée dans Beauharnois-Salaberry. Plusieurs intervenants locaux ont témoigné lors de ces audiences. Le NPD a aussi déposé un mémoire à la Commission. Pour ma part, j’ai assisté aux audiences pour écouter les témoignages des gens de chez nous.

Plusieurs représentants syndicaux ont sonné l'alarme, notamment à propos de la disparition du Conseil arbitral où le prestataire pouvait se préparer à défendre son dossier parce qu'il avait accès à la déclaration de l'employeur par écrit. Mme Thérèse Fortier du Comité chômage, a indiqué que ce n'est plus le cas avec le nouveau Tribunal de la sécurité sociale où les discussions se font par téléphone ou par vidéoconférence. Comment le juge pourra-t-il juger de la crédibilité du travailleur s’il ne peut pas observer ses réactions, lui poser directement des questions sur son dossier?

Pire encore, les conservateurs ont nommé leurs amis comme juges à ce nouveau tribunal. D’anciens candidats conservateurs et des donateurs du Parti conservateur ont été nommés par les troupes de Stephen Harper, enlevant ainsi toute crédibilité à ce processus d’appel qui semble perdu d’avance pour les chômeurs.

Les directrices des CDC du Haut-St-Laurent et de Beauharnois-Salaberry ont aussi dit qu'elles recevaient une quantité démesurée de CV depuis la réforme parce que les gens sont obligés d'en envoyer partout pour prouver qu'ils sont en recherche active d'emploi. Ceci alourdit inutilement la tâche des employeurs. Dire qu’en 2011, les conservateurs avaient lancé une commission pour aider les entrepreneurs à réduire leur fardeau, commission qu’ils avaient pompeusement appelée Commission sur la réduction de la paperasse. Quelle ironie!

De plus, comme il y a souvent des mises à pied temporaires l’été dans le milieu communautaire, les employeurs perdent du personnel qualifié et doivent investir temps et argent dans la formation de nouveaux employés qui œuvrent pour beaucoup dans les services où le support communautaire (santé mentale, violence conjugale, itinérance, logement social, sécurité alimentaire) est essentiel.

Autre lacune observée concrètement par le Comité chômage: une dame s'est fait couper ses prestations d'assurance-emploi parce qu'elle avait envoyé «seulement» deux CV à des centres de ressources humaines (des Caisses Desjardins et de CSSS) alors qu'elle ne pouvait pas en envoyer plus parce que ce sont les centrales qui distribuent son CV dans leurs succursales à travers leur réseau. C’est la nouvelle réalité du processus d’embauche dans plusieurs secteurs, mais les conservateurs ne prennent pas cette réalité en considération dans leur évaluation du dossier des prestataires.

Finalement, le fait que les fonctionnaires doivent prendre en compte les champs d'expertise des prestataires sur cinq ans amène des situations rocambolesques chez les travailleurs à contrat ou à statut précaire, comme les jeunes enseignants par exemple. Certains enseignants qui ont été coiffeurs ou serveurs pendant leurs études se voient obligés d'envoyer des CV dans ces secteurs s'ils veulent recevoir du chômage. 

Sans compter que la réforme amène une pression à la baisse sur les salaires, parce que les chômeurs sont obligés d’accepter des emplois à 70% de leur salaire. Leur pouvoir d’achat diminue et ils peinent à joindre les deux bouts.

Jusqu’à quel niveau les conservateurs attendent-ils que les gens s’appauvrissent pour réévaluer leur réforme mésadaptée aux réalités des régions et du marché actuel du travail?

 

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