Politiciens et artistes: même combat

Parfois je regarde le travail des artistes et je me dis qu’il y a des liens étroits entre le travail des artistes et celui des politiciens.

Les liens entre ces deux métiers qui n’ont — à première vue — rien en commun m’ont sauté aux yeux récemment lorsque j’ai participé à une table ronde sur l’art, l’environnement et la politique à Montréal. 

Je sais que nous les politiciens n’avons pas nécessairement la même cote d’amour du public que les artistes, surtout avec l’aura de scandales qui entoure trop souvent les vieux partis et leurs tours de passe-passe pour s’accrocher au pouvoir. Afin de faire fondre votre scepticisme, permettez-moi de partager ma réflexion.

Par sa démarche artistique, l’artiste pose son regard sur notre quotidien, notre communauté. Les mouvements sociaux et les changements de mentalité qui frappent notre société n’ont aucun secret pour lui. Il observe et jette un regard original, parfois critique, parfois louangeur, parfois même admiratif sur ces changements. Il est même souvent un facilitateur, voire l’instigateur du changement.

Le politicien se veut aussi un observateur de la société. Il cherche à déceler les soubresauts ou les grands courants de pensée, les changements qui nécessitent un réalignement de nos institutions et de nos lois. Le politicien suit l’opinion publique, quoique les vrais visionnaires la devancent parfois.

Les artistes servent la population et cherchent la reconnaissance. Ils ont besoin de l’interaction du public pour que leur travail rayonne et obtienne un écho, une rétroaction, une réaction. Artistes engagés et politiciens cherchent, chacun à leur façon, à améliorer le sort du monde.

Car oui, au-delà des allégeances partisanes, je crois que les politiciens s’impliquent parce qu’ils veulent servir la population. Je vous entends maugréer devant votre écran, mais à 30 ans, je refuse de céder au cynisme ambiant. Bien sûr, les idées et la manière diffèrent d’un député à l’autre, d’un parti à l’autre. Mais le service public est l’impulsion première qui pousse la grande majorité d’entre nous à se présenter aux élections. Personnellement, j’en retire une satisfaction, un sentiment du devoir accompli. Au-delà des réussites et des contraintes, chacun de mes gestes, chacune de mes interventions est guidé par l'objectif ultime de toujours mieux servir la population. Ça l'était lorsque je me suis présentée comme candidate. Après bientôt 2 ans dans le rôle de députée, c'est plus vrai que jamais.

Comme citoyens, les artistes nous inspirent, nous font réfléchir, rendent plus accessibles certains enjeux et sont capables de rassembler autour de sujets de l’ombre, délaissés par les médias. Les artistes utilisent les émotions pour faire comprendre des concepts que la raison n’arrive pas toujours à expliquer.

Les artistes et les politiciens se servent de leur talent pour dénoncer des situations, des injustices. Pas étonnant alors qu’artistes et politiciens collaborent à l’occasion pour des causes sociales. L’un a besoin de rejoindre le coeur des gens pour convaincre, l’autre a besoin du pouvoir pour forcer le changement. Une sorte de commensalisme où chacun vient sporadiquement chercher quelque chose auprès de l’autre.

Dans le dossier environnemental que je porte pour le NPD, j’ai constaté que plusieurs artistes militent pour défendre cette cause qui leur tient à coeur. Vik Muniz, par exemple, met en lumière le travail des trieurs de matières récupérables du plus grand dépotoir du monde à travers ses toiles (documentaire Waste land). La manifestation sur les changements climatiques menée par Dominic Champagne à Montréal en avril 2012, les interventions de l’ATSA pour la fonte de l’Arctique et l’habitat des ours polaires font aussi partie de cette catégorie.

Peut-être serait-ce le temps d’encourager davantage le travail de nos artistes et de reconnaître leur apport à notre démocratie, à notre société. Par eux, la culture québécoise s’émancipe et rayonne à l’international.

Non seulement le travail des artistes requiert des compétences et vise des objectifs semblables à celui des politiciens, mais ces derniers auraient avantage à s’en inspirer un peu plus. Peut-être, alors, retrouverions-nous un meilleur contact avec le public!